Les utopies du présent
Utopie peut s’entendre en deux sens : lieu idéal, et lieu qui n’existe pas. Il a beaucoup été dit que les deux allaient de pair, que l’idéal était dangereux, et, après les grandes catastrophes du vingtième siècle, que les utopies n’étaient que trop réalisables : la question était donc désormais d’en empêcher la réalisation. Ainsi, voilà trente ans qu’a été proclamée la mort des idéologies et des grands récits collectifs. Est-ce à dire qu’il n’est plus de visions possibles d’un avenir commun ? Sommes-nous condamnés à une atomisation individualiste et à un hyperprésent sans perspective, hormis un immense marché où tout a un prix et plus rien n’a de valeur ? Explorer, à travers la pensée et la fiction, la généalogie des utopies qui nous ont fondé depuis plusieurs siècles – l’Histoire, la Liberté, l’Égalité, la Pureté, la Science, la Machine –, c’est interroger les tentatives du passé et les impasses du présent pour tenter de dessiner une voie d’avenir, afin d’envisager, à nouveau, le monde d’après – fût-il à contrecarrer ou à transformer.
